Le balancier

Par Thomas Marcilly|novembre 26, 2014|Lettres

(nouvelle publication de ce post publié la première fois le 19/01/2012)
 
 

 

Le voyage...
 
Comme un mouvement de balancier, il y a constamment quelque chose qui m'éloigne pour mieux me ramener, et m'éloigne à nouveau, pour encore me permettre de revenir. Mais contrairement au mouvement de l'horloge, constant, immuable, calme, je tente d'infliger au mien une évolution permanente et imprévisible.
 
Cela est une habitude maintenant, que je vis pourtant différemment à chaque fois : préparatifs, départ, voyage, retour... préparatifs, départ, voyage, retour... préparatifs... Comme à chaque nouvelle étape de cette vie de baroudeur, je me trouve face à autant de liberté, autant de réalités possibles qu'il m'est possible de dessiner. Pour avoir trébuché avec plus ou moins de finesse dans ces moments de voyage, je sais combien il n'y a aucune règle dans ce jeu de la vie, et du hasard !
 
Le retour terrorise car c'est un grand écart auquel le voyageur a beaucoup de mal à se préparer. Malgré toute la bonne compagnie qu'il apporte au travers des retrouvailles, le voyageur n'est jamais réellement préparé à faire face à une ultime personne : lui-même. La confidence accumulée dans les contrées lointaines se dissimule sous des airs drapés de peur et de doute après quelques jours. Une ombre qu'il faut impérativement balayer sur le palier de la porte, au risque de finir en dépression post-partum, après avoir porté en soi un voyage de nombreux mois !
 
Mon interrogation est donc la suivante, est-ce qu'il existe un réel protocole concernant le retour du voyageur ? Il existe des centaines de blogs sur lesquels nous pouvons trouver les listes à cocher afin de préparer son sac à dos au départ. D’innombrables agences vous aident à partir, partir plus loin mais aucune n'ose s'occuper de celui qui refait surface du monde parallèle ! Quand est-il du retour ?
 
Mon dossier à la sécurité sociale va une nouvelle fois être dans la pile des « ? », pour avoir disparu du pays pendant (encore !) de nombreux mois. La direction des impôts va certainement bientôt envoyer un enquêteur pour comprendre quel cirque je mène depuis 3 ans... Je risque aussi d'être bientôt attaqué pour polygamie : mon cœur à la fois attaché à ma France, mais aussi à toutes ces lointaines frontières.
 
La famille et les amis du voyageur ont quant à eux ce sourire mitigé au moment du retour par peur d'une annonce du genre: « Maman, Papa, j'ai une nouvelle à vous annoncer : je me marrie dans 26 jours à Monica, bolivienne rencontrée par l'intermédiaire d'un ami Argentin en Inde, et nous allons tous deux reprendre l'affaire familiale de culture du Quinoa prêt d'Uyuni, en Bolivie. Vous êtes invités bien évidemment, et j'ai réservé 4 lamas pour nous aider à porter les bagages entre l'aéroport de La Paz, et les 4 jours de marche pour atteindre Uyuni, à plus de 4000 mètres d'altitude.».
 
 
 
Le retour, c'est donc tout d'abord le voyageur face à lui même, le temps pour lui de retrouver quelques marques familières, et d'ouvrir les yeux sur un nouveau monde.
 
Vivre le moment présent, ne pas se poser de questions .... tout cela semble du réel blablatage quand le mot "retour" ne fait que résonner dans la tête de celui qui essaie tant bien que mal de rester ancrer à une réalité à laquelle il faut faire fasse : le retour !
 
Mon idée de protocole pour celui-ci : vivre le retour comme un nouveau voyage. Mon appartement retrouvé sera mon auberge jeunesse, l'auberge de ma jeunesse qui s'ennivre des routes du monde . Ma famille, mes amis, seront ces personnes fabuleuses qui continueront à m'éveiller au quotidien. Chaque matin, dans le miroir de la salle de bain, je retrouverai le voyageur que je suis et qui m'habite, les yeux pétillants d'un paysage découvert la veille, la mine excitée par la nouvelle aventure que la journée va offrir. Le succulent Saka Saka de mon amie Chantal me propulsera dès la première bouchée en Afrique noire. L'odeur d'un bon café latte par un samedi matin ensoleillé sur les pentes de la Croix Rousse, m'emportera aussi loin qu'un A380 et des dizaines d'heure de vol. Et toutes ces personnes qui défileront devant mon café seront toujours les sources de mes meilleures inspirations et réflexions. Par temps de pluie, ma bibliothèque sera cette demoiselle qui m'offrira son sourire international, où les livres accumulés généreusement ces dernières années, me feront penser à nouveau en anglais et espagnol. J'écouterai à nouveau ma famille et mes amis, leurs aventures de ces derniers mois, leur voyage à eux, que je choisis de rejoindre à nouveau.
 
 
 
C'est donc plutôt simple tout cela.... notre réalité... nous en sommes les propres acteurs. L'exotisme ne se trouve pas seulement en parcourant 20000 km, car il se trouve avant tout dans la perception que l'on a de notre entourage. Le voyageur doit-il donc limiter son euphorie de vivre et de découverte au seul moment du voyage ? Le voyageur doit-il nécessairement accepter de retrouver une réalité identique à celle laissée quelques mois plus tôt ?
 
Heureusement pour moi, ma bosse du voyage bien roulée, je sais qu'elle amortira ce retour, et ne me fera pas perdre de vue la réalité qui m'appartient, qui est et sera la mienne, peu importe le sentier et l'endroit sur lesquels je suis en train de marcher...
 
 
 
 
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